La confrontation entre plusieurs proches de Moïse Katumbi dépasse désormais la simple querelle de personnes. Elle révèle les difficultés d’Ensemble pour la République à organiser la coexistence de ses différentes sensibilités, à faire respecter une ligne commune et à transformer la popularité de son président en une véritable force politique nationale.
Une réconciliation qui n’a pas éteint les tensions
La crise oppose principalement Olivier Kamitatu, directeur de cabinet et proche collaborateur de Moïse Katumbi, au sénateur Salomon Idi Kalonda, conseiller politique de l’ancien gouverneur du Katanga. Les divergences, rendues publiques sur les réseaux sociaux, porteraient notamment sur le positionnement du parti face au dialogue national et aux grandes orientations de l’opposition.
À la demande de Moïse Katumbi, les deux responsables s’étaient rencontrés fin juillet 2026. Dans une déclaration commune, ils avaient annoncé avoir dissipé leurs malentendus et appelé leurs partisans à mettre fin aux polémiques. Cette réconciliation devait refermer la crise. Elle n’aura pourtant été que provisoire.
La tension est remontée après une sortie médiatique d’Hervé Diakiese, alors porte-parole du parti. Celui-ci a pris publiquement la défense d’Olivier Kamitatu, allant jusqu’à affirmer que toute personne qui manquerait de respect à ce dernier, y compris Moïse Katumbi, le trouverait sur son chemin. Une autre figure du parti, Grâce Omari Matandiko, a ensuite répondu par des publications jugées insultantes.
Le 20 août, le Directoire exécutif national a suspendu Hervé Diakiese de ses fonctions et de toute activité au nom du parti, dans l’attente de son audition par le Comité des sages. Grâce Omari Matandiko a, pour sa part, été définitivement exclu. La direction a justifié ces décisions par la nécessité de restaurer la discipline.
Olivier Kamitatu a cependant contesté la procédure suivie contre Diakiese, estimant que celui-ci aurait dû être entendu avant sa suspension. Il a demandé le retrait de la mesure, ce qui montre que le désaccord n’est pas encore entièrement résolu.
Une crise plus profonde qu’une dispute sur les réseaux sociaux
Le secrétaire général, Dieudonné Bolengetenge, parle d’un « malentendu aggravé » par les partisans des deux camps. Il assure qu’Olivier Kamitatu et Salomon Kalonda restent membres du parti. Kamitatu a transmis un rapport écrit sur le différend, tandis que la direction attend celui de Kalonda avant de confronter les deux versions.
Mais la crise met surtout en évidence une fragilité structurelle. Ensemble est né du rapprochement de plusieurs formations, parmi lesquelles l’ARC, l’ADP, le PRD, le Mouvement social et l’UNADEF. Ces « partis souches » n’ont pas tous été formellement dissous. Le secrétaire général reconnaît lui-même que la conciliation de leurs sensibilités demeure laborieuse.
Cette organisation explique pourquoi une rivalité entre deux responsables peut rapidement mobiliser des réseaux, des fidélités anciennes et des bases régionales différentes.
Deux risques majeurs d’affaiblissement
Le premier risque est celui d’une fragmentation. Si Olivier Kamitatu, Salomon Kalonda ou d’autres responsables importants venaient à quitter le parti, ils pourraient emporter avec eux une partie de leurs réseaux et éventuellement réactiver leurs anciennes formations politiques.
A lire aussi || Lubumbashi : derrière le futur marché Mzee Kabila, un projet entre ambitions urbaines et calculs politiques ? (analyse)
Le deuxième risque concerne l’image d’Ensemble. Une opposition qui dénonce les faiblesses institutionnelles du pouvoir doit elle-même démontrer qu’elle sait régler ses différends par des procédures transparentes. Les accusations d’insultes, les menaces publiques et les sanctions contestées détournent l’attention des dossiers sur lesquels le parti souhaite mobiliser : la sécurité dans l’Est, le dialogue national, la défense de la Constitution et les élections de 2028.
Un affaiblissement possible, mais pas encore irréversible
Ensemble conserve des atouts importants. Selon les résultats publiés par la CENI, Moïse Katumbi est arrivé deuxième à la présidentielle de 2023 avec 18,08 % des suffrages, tandis que son parti a remporté 18 sièges à l’Assemblée nationale. Toutefois, l’opposition n’avait obtenu aucun siège provincial dans 18 des 26 provinces, ce qui montre la fragilité de son implantation territoriale.
La crise actuelle n’annonce donc pas automatiquement l’effondrement d’Ensemble. La popularité personnelle de Katumbi demeure supérieure au poids parlementaire de son parti. Mais si les querelles continuent, cette popularité risque de ne pas se transformer en organisation électorale efficace.
Pour éviter l’affaiblissement, Moïse Katumbi devra imposer une clarification des responsabilités, garantir une procédure disciplinaire crédible et empêcher la reconstitution de camps rivaux. Le véritable test ne sera pas seulement de réconcilier Kamitatu et Kalonda, mais de faire d’Ensemble un parti capable de fonctionner au-delà des fidélités personnelles. Sans cette évolution, la principale force organisée autour de Katumbi pourrait arriver divisée aux prochaines échéances et perdre une partie de son influence au sein de l’opposition congolaise.
