Née dans le contexte historique de l’esclavage, de la ségrégation et de la lutte des Afro-Américains pour leur dignité et leur liberté, la théologie noire s’est progressivement constituée en courant théologique et en pensée de libération. Dans cette tribune, le Dr Yumri Taipodia retrace ses origines, revient sur les figures qui ont marqué son évolution, notamment James Cone, et propose une lecture critique de ses fondements et de son rapport aux Écritures.
Entre 1517 et 1840, environ vingt millions de personnes noires furent cruellement capturées en Afrique. Elles furent transportées par bateau vers l’Amérique et vendues comme esclaves. Ce commerce constituait une source de profit pour les trafiquants. Pendant la traversée de l’océan Atlantique, de nombreux captifs moururent de dysenterie, de variole et d’autres maladies de l’époque. Pour échapper à ces souffrances, certains se laissèrent mourir de faim. Afin d’empêcher cette forme de suicide, les trafiquants appliquaient des charbons ardents sur leurs lèvres pour les forcer à ouvrir la bouche et à manger. À leur arrivée sur les côtes américaines, ils furent vendus et finalement séparés de leurs familles. Leurs nouveaux propriétaires les forcèrent à travailler, y compris les personnes âgées et malades, du lever au coucher du soleil. Les personnes rebelles étaient enchaînées et envoyées travailler dans les champs. Selon la volonté du maître, des femmes et des jeunes filles noires étaient violées tandis que leurs maris et leurs pères assistaient impuissants à ces atrocités. Elles étaient considérées comme des biens, et la « théorie de la race inférieure » fut développée, conduisant certains à les placer quelque part entre les animaux de ferme et les êtres humains. Cette brutalité constitue l’un des chapitres les plus tristes de l’histoire de l’Amérique. L’expérience horrible des Noirs et de leurs descendants constitue la toile de fond nécessaire pour comprendre la théologie noire contemporaine, ou théologie de la libération.
La justification erronée de l’esclavage
Au début, l’évangélisation des esclaves était limitée, certains estimant que la connaissance de l’Évangile les rendrait économiquement productifs. Dans les assemblées religieuses, ils prendraient conscience de leur force et pourraient préparer une insurrection. En conséquence, les Blancs ne pourraient plus les maintenir dans l’esclavage. Certains prétendaient que les Noirs étaient moins qu’humains et qu’ils n’iraient donc pas au ciel. Ils étaient comparés aux animaux présents dans l’arche de Noé, et l’on affirmait que les Noirs n’avaient pas d’âme à sauver ; il n’y avait donc aucune nécessité de les évangéliser. À cette époque, de nombreux chrétiens toléraient l’esclavage en s’appuyant sur la relation maître-esclave évoquée par Paul et fondaient la malédiction de l’esclavage sur les « fils de Cham » (Gen. 9:20–27), qui étaient interprétés comme étant les Noirs. Pourtant, des missionnaires évangélisèrent les esclaves et beaucoup furent sauvés.
Quelques-uns considéraient même l’esclavage comme bénéfique sur le plan religieux, parce qu’il amenait des âmes non sauvées dans une terre chrétienne où elles pouvaient être évangélisées. En réalité, l’instruction fondamentale de Paul était que les esclaves devaient être libres (1 Cor. 7:21, 23). Les descendants de Canaan, fils de Cham, occupèrent plus tard la Phénicie et la Palestine — ils étaient de type caucasien. L’affirmation selon laquelle l’esclavage aurait eu un quelconque bénéfice religieux semble absurde, car il s’agissait d’un traitement cruel et inhumain des esclaves.
La germination de la pensée de libération
À mesure que le nombre de convertis noirs augmentait, certains commencèrent à occuper des fonctions dans les Églises chrétiennes blanches. Cependant, les Noirs étaient soumis à des restrictions concernant les places assises, la Sainte Communion et la propriété. Cette situation les poussa, vers le milieu du XVIIIᵉ siècle, à développer des congrégations autonomes pour leur communauté et, finalement, à former des dénominations distinctes.
Dans ces Églises, ils interprétaient Dieu comme le Père aimant des esclaves qui avait délivré les Israélites de la servitude en Égypte, et ils considéraient Jésus comme le Sauveur et celui qui partageait leurs souffrances. Ils donnaient une double signification au ciel et à la communauté des esclaves noirs et chantaient des chants de libération en présence de leurs maîtres. Dès la naissance de ces Églises, la semence de la théologie de la libération commença à germer sous une forme embryonnaire.
Ces théologies d’esclaves firent naître de nombreux militants noirs en Amérique. Parmi eux se trouvait le célèbre prédicateur esclave Nat Turner (1800–1831), qui chercha la liberté par la violence, ce qui le conduisit à tuer soixante personnes blanches et à être pendu pour cela.
Marcus Garvey (1887–1940), considéré comme l’Apôtre de la théologie noire, parla de voir Dieu à travers des « lunettes noires », ce qui donna aux Noirs un sentiment de dignité et de destinée. En 1949, le livre de Howard Thurman, Jesus and the Disinherited, identifia la vie pauvre de Jésus aux masses pauvres et tira des implications de l’expérience de la minorité juive au sein d’une société largement contrôlée par Rome pour comprendre l’expérience noire.
Bien que Martin Luther King Jr. (1929–1968), le célèbre dirigeant des droits civiques, n’ait jamais participé officiellement au mouvement de la théologie noire/de la libération, il défendit la non-violence comme moyen de changement social. Il affirma que les Noirs devaient se libérer de l’amertume et du sentiment d’infériorité envers les Blancs.
L’écrivain militant noir des années 1960, Albert Cleage, devint célèbre pour sa théorie du « Messie noir », et ses prédications développèrent sa propre forme de nationalisme noir.
L’apparition de la théologie noire formelle
Cent trente ans après l’exécution de Turner, la théologie noire apparut comme discipline formelle. Elle commença avec le mouvement du « Black Power » en 1966 ; les membres noirs du clergé réexaminèrent alors la relation entre l’Église et la communauté noire.
Ce nouveau groupe redéfinit le rôle de l’Église et de la religion dans la vie des Noirs. De ce réexamen naquit la « théologie noire ». Ses représentants commencèrent à lire les Écritures à travers les yeux de leurs grands-parents esclaves et à parler de la solidarité de Dieu pour libérer les opprimés de la terre.
James Cone, l’un des principaux théologiens de ce nouveau mouvement de théologie de la libération, prit l’expérience noire comme point de départ fondamental pour déterminer la vérité théologique. À partir de l’expérience commune des Noirs en Amérique, la théologie noire émerge comme le test suprême de la vérité. C’est l’expérience de la vérité qui devrait constituer l’autorité ultime en matière religieuse.
Pour lui, le Christ est l’unique révélation de Dieu, et Il a libéré ses disciples de l’esclavage du péché. Dans cette perspective, les Noirs ont fait l’expérience de l’œuvre libératrice de Dieu dans leur lutte contre la domination blanche en Amérique.
Cone soutient que la théologie noire est le pendant religieux du Black Power. La théologie noire est le bras théologique du Black Power, tandis que le Black Power est le bras politique de la théologie noire.
Le Black Power se concentrait sur les conditions politiques, sociales et économiques des Noirs. La théologie noire plaçait l’identité noire dans un contexte théologique.
Sa théologie de la libération était fondée sur l’action de Dieu, qui avait délivré les Israélites, pauvres et dépourvus de privilèges, de la société égyptienne. Pour lui, ce même Dieu immanent est présenté comme noir, puisqu’Il se trouve dans des situations historiques concrètes où Il agit pour délivrer les Noirs en Amérique.
Cone affirmait les formulations du concile de Chalcédoine : le Christ est « véritablement Dieu et véritablement homme ». À cela, il ajoutait le rôle de Jésus en tant que Dieu incarné, dont la mission était de libérer les opprimés.
Jésus-Christ est Dieu lui-même venant au plus profond de l’existence humaine dans le seul but de supprimer l’esclavage, libérant ainsi l’humanité des principautés et des puissances impies qui entravent sa relation avec Dieu.
La christologie controversée de Cone affirmait que Jésus était et est noir, ce qui était considéré comme détestable par la société blanche. Il disait que, pour les Blancs, il était offensant de voir de grosses lèvres et des cheveux crépus, ce qui équivalait à voir les pharisiens faire la fête avec les collecteurs d’impôts.
Cone insistait sur le fait qu’il était très important pour les Noirs de considérer Jésus comme noir. Pour lui, la résurrection du Jésus noir était un événement réel qui symbolisait la liberté universelle face à toutes les formes présentes de souffrance terrestre.
Cone considérait le péché comme une condition de l’existence humaine dans laquelle les êtres humains nient l’essence de l’activité libératrice de Dieu telle qu’elle est révélée en Jésus. Cela est contraire à la communauté opprimée et à sa libération.
Pour lui, le salut concerne principalement la réalité terrestre et ne se limite pas à l’espérance céleste. Le salut de Dieu signifie voir les peuples opprimés se dresser contre leurs oppresseurs et exiger que la justice devienne une réalité maintenant, plutôt que d’attendre demain.
Il parlait souvent de Jésus comme du Libérateur, tout en mettant l’accent sur l’action humaine d’auto-libération des Noirs, dans laquelle l’espérance d’une aide divine était minimisée.
Cone soutient que l’Église noire a joué un rôle majeur dans la vie religieuse et sociale des Noirs américains. Pour lui, l’Église noire était une création des Noirs eux-mêmes, née de leur lutte quotidienne pour survivre face à la brutalité du pouvoir blanc.
Pour les esclaves, elle constituait l’unique source d’identité et de communauté. L’Église noire devint le seul espace de l’expérience noire qui fût libre du pouvoir blanc.
Cone rejetait l’idée selon laquelle le christianisme serait principalement préoccupé par le monde à venir ou la vie après la mort, mais il soulignait également l’espérance dans cette vie. L’espérance céleste bienheureuse peut devenir présente et nous pousser ainsi à apporter des changements dans ce monde.
Évaluation
Certes, on ne peut minimiser l’ampleur de l’expérience noire. Il n’est pas non plus bon de rester insensible aux difficultés rencontrées par les Afro-Américains dans une société dominée par les Blancs.
Cependant, il est douteux que les théologiens noirs de la libération aient une compréhension complète et légitime des mauvais traitements infligés à leur peuple tout au long de l’histoire américaine.
Imposer l’ensemble de l’expérience noire aux Écritures peut priver celles-ci de leur autorité intrinsèque et en déformer le sens voulu. À l’inverse, les théologiens qui font de l’expérience noire un facteur déterminant absolu peuvent commettre la même erreur que certains racistes blancs à l’époque de l’esclavage.
Tout comme plusieurs Blancs imposèrent leur expérience de la relation maître-esclave aux Écritures pour justifier l’esclavage, de la même manière, certains Noirs ont imposé l’expérience noire aux Écritures pour justifier leurs conceptions radicales de la libération.
Les deux positions sont erronées. Pour les Noirs, utiliser une méthodologie fondée sur l’expérience revient à reproduire, d’une certaine manière, le type de méthode employé par ceux qui les ont réduits en esclavage. Cette approche est, au mieux, autodestructrice.
Le théologien noir Anthony Evans affirme que l’expérience noire doit être considérée comme « réelle mais non révélatrice, importante mais non inspirée ». Comme toute théologie, la théologie noire doit avoir un cadre de référence fondé sur les Écritures et ne pas se développer uniquement à partir de l’expérience noire.
Pour produire une théologie biblique de la libération, les Écritures doivent être l’autorité suprême en matière de théorie et de pratique. Avec cette méthodologie, il est possible de construire une solide argumentation biblique contre toute forme de racisme.
Dr Yumri Taipodia
Chroniqueur, Inde
Here is the English version.
Black Theology Is an Outcome of Black Experience
Born out of the historical experience of slavery, racial oppression, and the struggle of Black Americans for dignity and freedom, Black Theology developed into a theological current closely associated with liberation. In this column, Dr Yumri Taipodia traces its historical roots, examines the ideas of figures including Marcus Garvey, Martin Luther King Jr. and James Cone, and offers a critical evaluation of the relationship between Black experience, liberation theology, and Scripture.
In between 1517–1840, around twenty million blacks were cruelly captured in Africa. By ship, they were transported to America and sold into slavery. It was a profitable income for the traders. While crossing the Atlantic Ocean, many captives died of dysentery, smallpox, and other diseases of those days. To avert the painful moment, some starved themselves to death. To prevent this form of suicide, the traders applied hot coals to their lips to force them to open their mouths and eat. With their arrival on American shores, they were sold and eventually separated from their families. The new owners forced them, including the old and ailing, to work from sunrise until sunset. For rebellious persons, they were chained and sent to work in the fields. At the will of the master, black women and girls were raped while their husbands and fathers helplessly looked on. They were counted as property, and the “inferior race theory” was developed, which led people to place them somewhere between barnyard animals and human beings. This brutality was one of the saddest chapters in the history of America. The horrible experience of blacks and their descendants serves as the background for understanding contemporary Black Theology or Liberation Theology.
Wrong Justification of Slavery
Initially, evangelization to the slaves was restricted while some believed that knowledge of the Gospel would make them economically productive. In religious assemblies, they would become conscious of their strength and plot insurrection. As a result, whites would no longer be able to hold them as slaves. Some claimed that blacks were less than human, so they would not go to heaven. They were like any beasts in Noah’s Ark, and blacks had no souls to save, so there was no need to evangelize them. In those days, many Christians tolerated slavery from Paul’s master-slave relationship and based the curse of slavery on the “sons of Ham” (Gen. 9:20–27), who were interpreted to be blacks. Yet missionaries evangelized, and many were saved. A few considered slavery to be for the religious good because it brought unsaved souls to a Christian land for evangelism. Actually, it was Paul’s underlying instruction that slaves should be free (1 Cor. 7:21, 23); Ham’s son Canaan’s descendants later occupied Phoenicia and Palestine—they were Caucasians. The claim of religious good seems to be absurd, as it was cruel and inhuman treatment of the slaves.
Germination of Liberationist Thought
As the number of black converts grew, they began to attain positions in white Christian churches, but blacks were imposed with restrictions on seating, Holy Communion, and property ownership. It compelled them, by the mid-1700s, to develop autonomous congregations of their race and eventually form separate denominations. In those churches, they interpreted God as the loving Father of slaves who delivered the Israelites from Egyptian bondage, and they considered Jesus as the Savior and fellow sufferer. They gave a dual implication of heaven and the black slaves’ community and sang liberation songs in the presence of their masters. Since the inception of those churches, the seed of liberation theology germinated in a nascent form. These slave theologies raised many black activists in America. Among them were the notorious slave preacher Nat Turner (1800–1831), who sought freedom through violence, which led him to kill sixty white people, for which he was hanged. The Apostle of Black Theology, Marcus Garvey (1887–1940), spoke of seeing God through black spectacles, which gave a sense of dignity and destiny to Negroes. In 1949, Howard Thurman’s book Jesus and the Disinherited identified Jesus’ life of poverty with poor masses and drew implications from the experience of the minority Jews in the midst of the large Roman-controlled society to the black experience. Though Martin Luther King Jr. (1929–1968), the noted civil rights leader, had never formally participated in the Black/Liberation Theology movement, yet he advocated nonviolence for social change. He voiced that blacks should liberate themselves from bitterness and feelings of inferiority towards whites. The black militant writer of the 1960s was Albert Cleage, who became popular for the Black Messiah theory, and his sermons set forth his brand of Black Nationalism.
Appearance of Formal Black Theology
After one hundred and thirty years following the execution of Turner, Black Theology emerged as a formal discipline. It began with the “Black Power” movement in 1966; black clergy reconsidered the relationship of the church to the black community. This latest group redefined the role of the church and religion in the lives of black people. Out of this re-examination, “Black Theology” was born and began to read Scripture through the eyes of their slave grandparents and started to speak of God’s solidarity to liberate the oppressed of the earth. This new theological movement’s liberation theology writer, James Cone, took the black experience as his fundamental starting point for ascertaining theological truth. From the common experience of black people in America, Black Theology emerges as the supreme test of truth. It is the experience of truth that should be the ultimate authority in religious matters. For him, Christ is the only revelation of God, and He liberated His followers from the bondage of sin, in which blacks experienced God’s liberating work among blacks from whites in America. Cone maintains that Black Theology is the religious counterpart of Black Power. Black Theology is the theological arm of Black Power, and Black Power is the political arm of Black Theology. Black Power focused on the political, social, and economic conditions of black people. Black Theology puts black identity in a theological context. His liberationist theology was based on God’s action, in which He delivered the Israelites, who were poor and had no privilege in Egyptian society. For him, this same immanent God is spoken of as black since He is found in concrete historical situations, where He works for the deliverance of blacks in America. Cone affirmed the Chalcedonian creeds: Christ is “truly God and truly man.” With this, he added the role of Jesus as God-Incarnate, whose purpose was to liberate the oppressed. Jesus Christ is God Himself coming into the very depths of human existence for the sole purpose of removing slavery, thereby freeing humanity from ungodly principalities and powers that hinder the human relationship with God. Cone’s controversial Christology was that Jesus was/is black, which was detestable to white society. He said that, for whites, it was offensive to find big lips and kinky hair, which was equal to Pharisees partying with tax collectors. Cone urged that it was very important for blacks to view Jesus as black. For him, the Resurrection of the black Jesus was a real event that symbolized universal freedom from every present form of earthly woe. Cone viewed sin as a condition of human existence where human beings deny the essence of God’s liberating activity as revealed in Jesus. It is contrary to the oppressed community or its liberation. For him, salvation is primarily concerned with earthly reality, not only heavenly hope. The salvation of God means seeing subjugated people rise against their oppressors and demand that justice should become a reality now, rather than waiting for tomorrow. He often spoke of Jesus as the Liberator, yet emphasized the human work of self-liberation among blacks, in which hope for divine help was downplayed. Cone maintains that the black church played a major role in the religious and social life of black America. For him, the black church was the creation of black people out of their daily overwhelming survival in the brutality of white power. For the slaves, it was the sole source of identity and a sense of community. The black church became the only sphere of black experience that was free from white power. Cone rejected the idea that Christianity is primarily concerned with the next world or life after death, but he also emphasized hope in this life. The blessed heavenly hope can become present, thereby forcing us to make changes in this world.
Evaluation
Certainly, one cannot minimize the magnitude of the black experience. Nor is it good to be unsympathetic to the difficulties faced by Afro-Americans in a white-dominated society. Yet it is doubtful that black liberation theologians have a full and legitimate grasp of the maltreatment of their people throughout American history. Imposing the entire black experience upon Scripture may rob Scripture of its intrinsic authority and distort its intended meaning. In the reverse way, theologians who make black experience all-determinative might make the same mistake that some white racists did during the era of slavery. Just as several whites imposed their experience of the slave-master relationship upon Scripture to justify slavery, in the same manner, some blacks have imposed the black experience upon Scripture to justify their radical views on liberation. Both positions are erroneous. For blacks to use an experience-oriented methodology is to excuse the kind of method employed by those who enslaved them. It is self-defeating at best. Black theologian Anthony Evans argues that black experience must be seen as “real but not revelatory, important but not inspired.” Like any theology, Black Theology must have a frame of reference that is based on Scripture and not develop out of purely black experience. To produce a biblical liberation theology, Scripture must be the supreme authority in matters of theory and practice. With this methodology, a strong biblical case can be constructed against any form of racism.
Dr Yumri Taipodia
Columnist, India
