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Cuivre et cobalt : en interdisant l’exportation des concentrés, la RDC tente le pari de la transformation locale

La République démocratique du Congo a interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Derrière cette décision se dessine une ambition ancienne :…

La République démocratique du Congo a interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Derrière cette décision se dessine une ambition ancienne : retenir davantage de valeur ajoutée dans un pays qui joue un rôle majeur dans l’approvisionnement mondial en minerais stratégiques.

La mesure, contenue dans un arrêté interministériel signé le 29 juin 2026, interdit spécifiquement l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Elle ne signifie donc pas l’arrêt des exportations congolaises de ces deux minerais.

Cette précision est importante. La majorité du cuivre congolais est déjà exportée sous une forme plus élaborée, notamment en cathodes. Au premier trimestre 2026, la RDC a exporté près de 697 000 tonnes de cathodes de cuivre, contre environ 54 000 tonnes de concentrés.

La décision vise surtout à pousser les producteurs à effectuer davantage d’opérations de traitement sur le territoire national.

Une ambition ancienne

Le principe n’est pas nouveau. Le Code minier révisé en 2018 impose déjà aux opérateurs de traiter ou de faire traiter les substances minérales en RDC.

Kinshasa cherche ainsi à rompre progressivement avec un modèle dans lequel une partie importante de la valeur ajoutée des minerais congolais est créée à l’étranger.

L’objectif est de favoriser les investissements dans les fonderies et les unités de traitement, mais aussi de générer davantage d’emplois, de recettes publiques et d’activités industrielles autour des bassins miniers du Haut-Katanga et du Lualaba.

Le précédent des dérogations

La RDC avait déjà tenté de limiter l’exportation des concentrés en 2013, 2019 et 2023. Ces mesures avaient toutefois été assouplies par des dérogations, notamment en raison de l’insuffisance des capacités locales de traitement.

Le nouveau dispositif prévoit lui aussi la possibilité d’accorder, dans certaines conditions, des exemptions d’une durée limitée.

C’est donc sur ce point que se jouera une grande partie de l’efficacité de la réforme. Si les dérogations restent exceptionnelles, les opérateurs seront davantage poussés à transformer leurs produits sur place. Si elles deviennent nombreuses, l’impact de l’interdiction pourrait être réduit.

Un contexte industriel plus favorable

La situation est néanmoins différente de celle d’il y a quelques années.

Les capacités de traitement du cuivre ont progressé, notamment dans le Lualaba. Des groupes comme Ivanhoe Mines ont développé ou utilisent désormais des installations permettant de traiter une part plus importante de leur production en RDC.

Cette évolution pourrait permettre au gouvernement d’appliquer plus strictement une politique qui, auparavant, se heurtait au manque d’infrastructures industrielles.

Mais le défi reste considérable. La transformation des minerais exige une énergie électrique stable, des infrastructures de transport efficaces et des investissements lourds.

Le cobalt obéit à une autre logique

Pour le cobalt, la portée de la mesure est plus limitée.

La RDC exporte principalement ce minerai sous forme d’hydroxyde de cobalt, et non de concentré. L’interdiction du 29 juin ne signifie donc pas la fermeture des exportations congolaises de cobalt.

Celles-ci sont par ailleurs encadrées par un système de quotas mis en place après la suspension temporaire des exportations décidée en 2025.

Kinshasa utilise ainsi plusieurs instruments pour mieux contrôler son secteur minier : limitation des volumes dans le cobalt et transformation locale accrue pour certains produits.

Une bataille pour la valeur ajoutée

Derrière cette décision se joue une question économique plus large.

La RDC ne veut plus seulement être indispensable par les minerais qu’elle extrait. Elle cherche à tirer davantage de revenus de leur transformation avant exportation.

Sa position dans le cobalt et son poids croissant dans la production mondiale de cuivre lui donnent un levier considérable. Mais cette influence ne pourra se transformer en puissance industrielle que si les infrastructures suivent.

Le véritable test de cette interdiction ne sera donc pas seulement son application aux frontières.

Il sera dans la capacité du pays à développer suffisamment de fonderies, d’énergie et de capacités de traitement pour que les minerais congolais quittent progressivement le territoire sous des formes à plus forte valeur ajoutée.

Si cette stratégie réussit, la RDC pourrait franchir une étape importante : passer du statut de géant de l’extraction minière à celui d’acteur industriel plus influent dans les chaînes mondiales des minerais critiques.

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