Le monde célèbre ce jeudi 17 septembre la Journée mondiale de la sécurité des patients. Placée en 2026 sous le thème « Des soins sûrs pour les maladies non transmissibles », avec le slogan « Des soins sûrs pour la vie ! », cette journée attire notamment l’attention sur les risques liés aux traitements de longue durée. En République démocratique du Congo, la qualité des médicaments, leur disponibilité et leur utilisation dans les circuits formels et informels demeurent des enjeux importants de sécurité sanitaire.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ un patient sur dix subit un préjudice au cours des soins dans le monde, tandis qu’environ la moitié de ces préjudices sont considérés comme évitables. L’OMS souligne également que les erreurs et préjudices liés aux médicaments constituent une part importante des dommages évitables associés aux soins.
En 2026, l’OMS met particulièrement l’accent sur les personnes vivant avec des maladies non transmissibles, notamment les maladies cardiovasculaires, le cancer, le diabète et les maladies respiratoires chroniques. Ces pathologies représentent environ 74 % des décès dans le monde et nécessitent souvent des traitements pendant plusieurs années, multipliant les occasions d’erreurs de diagnostic, de prescription ou d’utilisation des médicaments.
À Lubumbashi, une étude révèle 25 % d’antibiotiques de qualité insuffisante
En RDC, la problématique prend une dimension particulière en raison de la coexistence entre les circuits pharmaceutiques autorisés et la vente informelle de médicaments.
Une étude scientifique publiée en 2023 dans l’American Journal of Tropical Medicine and Hygiene a analysé 95 échantillons d’antibiotiques collectés à Lubumbashi en mars 2020, dans les circuits formels et informels. Elle concernait l’azithromycine, le céfadroxil, le céfixime et l’érythromycine.
L’étude est dirigée par Pierrot Mwamba Tshilumba, du Département d’analyse des médicaments et de galénique, LAMEDA, à l’Université de Lubumbashi. Elle est cosignée par Ange B. Ilangala, Jeremie Mbinze Kindenge, Isaac Mutshitshi Kasongo, Guelord Kikunda, Elie Rongorongo, Alex Bokanya Impele, Roland Marini Djang’eing’a et Jean-Baptiste Kalonji Ndoumba.
Les chercheurs sont rattachés notamment à l’Université de Lubumbashi, l’Université de Kinshasa, l’Université de Liège en Belgique et l’Université de Kisangani.
Les résultats sont préoccupants : 25 % des 95 échantillons analysés étaient de qualité inférieure aux normes. La proportion atteignait 54 % dans le circuit informel contre 11 % dans le circuit formel. Les produits non conformes étaient sous-dosés, avec des teneurs en principe actif comprises entre 62,5 % et 88,7 % des valeurs attendues.
Consulter la publication originale dans l’American Journal of Tropical Medicine and Hygiene
Ces résultats ne doivent toutefois pas être interprétés comme une estimation de l’ensemble des médicaments actuellement commercialisés en RDC : l’étude portait sur quatre antibiotiques et sur des échantillons collectés à Lubumbashi en 2020. Les auteurs eux-mêmes précisent cette limitation.
Des précédents graves en RDC
Le problème des médicaments falsifiés n’est pas nouveau dans le pays. Selon l’OMS, 11 personnes sont mortes et plus de 1 000 patients ont été hospitalisés en RDC en 2015 après avoir consommé du diazépam falsifié.
En 2020, l’OMS avait également identifié en RDC des produits présentés frauduleusement comme de la chloroquine, dans le contexte de la pandémie de COVID-19.
Renforcer le circuit officiel
Le contrôle du médicament relève notamment de l’Autorité congolaise de réglementation pharmaceutique, ACOREP, qui, selon le ministère congolais de la Santé, veille à la qualité, à la sécurité et à l’efficacité des médicaments sur l’ensemble du territoire national.
Pour les patients, la sécurité passe également par le recours aux circuits pharmaceutiques autorisés, le respect des prescriptions médicales et la prudence face à l’automédication.
En cette Journée mondiale de la sécurité des patients, le message prend ainsi une résonance particulière en RDC : sécuriser les soins signifie aussi garantir que les médicaments administrés aux patients soient de qualité, correctement prescrits, correctement conservés et utilisés dans de bonnes conditions.
